Le métier d'ergothérapeute

Atelier
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Appareillage
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couverts adaptés
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Quelle est cette profession ? 

Comment travaille ce thérapeute ? 

L’ergothérapie est une profession paramédicale, qui est inscrite au livre IV du Code de la Santé Publique. 

Comme d’autres paramédicaux, l’ergothérapeute intervient sur prescription médicale, auprès de personnes atteintes dans leur intégrité physique, intellectuelle ou psychique, de manière temporaire ou définitive. 

L’ergothérapeute peut donc être amené à travailler auprès des enfants, des adultes et des personnes âgées dans les secteurs de neurologie, de traumatologie, de rhumatologie, de déficiences sensorielles, et en psychiatrie, et donc le plus souvent au sein d’équipes pluridisciplinaires.

L’ergothérapeute intervient dans les champs :
- de la rééducation : pour récupérer ou développer des capacités ;
- et de la réadaptation : pour développer l’autonomie autant que possible, 
      => par les compensations techniques nécessaires : outils (couverts adaptés, pince à long manche,…), 
      => et / ou l’aménagement de l’environnement.

Les objectifs étant de :
- Favoriser l’autonomie personnelle, sociale, scolaire et professionnelle.
- Favoriser le maintien ou le retour à l’indépendance dans les Activités de la Vie Quotidienne.

Les moyens :
- Les actes professionnels peuvent être des bilans neurologiques, fonctionnels, d’autonomie,…qui servent à orienter la prise en charge thérapeutique.
- Par les activités : la rééducation / sollicitation / stimulation de la motricité, de la sensorialité, des repères tempo- spatiaux.
- La mise en place d’appareillages et d’aides techniques selon les besoins. 


A l’IME Les Hirondelles de Carcassonne et de Binger 


Chez les enfants /adolescents présentant une forme d’autisme : 25 % du poste d’ergothérapeute sont attribués à la section qui accueille ces jeunes.
Je fais partie de l’équipe pluridisciplinaire et participe à l’accompagnement de l’enfant vers plus d’autonomie dans les Activités de la Vie Quotidienne, les apprentissages, les jeux et les loisirs. L’étape évaluative est capitale (observation de l’enfant, et bilan plus analytique en individuel). 

Mes axes de travail sont :
- La proposition des activités manuelles et/ ou cognitives (mémoire, planification, imitation,…) en tenant compte des potentialités de l’enfant (perceptions sensorielles et spatiale, motricité et coordinations).
- La mise en place des adaptations et des outils adéquats (mobiliers, repères temporo-spatiaux,…). Ceux-ci se voulant suffisamment contenants et facilement déchiffrables pour améliorer le mieux être de ces enfants plus ou moins angoissés.

Au cours de mes séances, j’utilise l’outil de communication PECS (communication par échange d’images) pour contribuer à la généralisation de cet outil, et au développement des aptitudes à la communication vue au cours de la formation PECS, telles : la demande d’une pause ou de l’arrêt de l’activité, la demande d’aide, l’attente, le « contrat de travail » : notion d’acceptation de l’effort et/ou de la contrainte pour obtenir une récompense, c’est à dire un jeu, un moment partagé avec l’adulte (danser, chatouilles,…).
J’utilise aussi des images, pictogrammes différents de ceux du PECS pour décomposer une Activité de la Vie Quotidienne (AVQ) et travailler en individuel l’enchaînement de séquences : pour la douche, voire le brossage des dents.
L’utilisation de supports visuels, et de la méthode PECS aide à diminuer les comportements problèmes et donne une « structure » repérante pour la vie quotidienne.


Chez les enfants /adolescents présentant une déficience mentale :
- Evaluations fonctionnelles des enfants autour des activités de la vie quotidienne et recherche d’adaptations pour optimiser leur autonomie : assises à hauteur réglable, individualisées, couverts à manches grossis pour en faciliter la préhension et le contrôle.
- Repas thérapeutiques pour accompagner les gestes (dextérité, coordination bi manuelle, précision et force), utilisation du PECS le cas échéant.
- Conseils aux parents demandeurs : de jeux (à visée cognitive et/ou motrice), voire d’aide techniques.


Chez les enfants : adolescents présentant un pluri/ un polyhandicap : ce qui occupe la majorité de mon temps, en temps de présence auprès des enfants, de recherches et de rédaction, et de rencontres avec les professionnels extérieurs (revendeurs de matériel adapté, et orthoprothésistes surtout). L’ergothérapeute rééduque, adapte et conseille.
Mon intervention tourne autour du confort, de l’entretien orthopédique, de la fonctionnalité pour optimiser l’autonomie, du jeu, des aménagements et d’un peu d’ergonomie. 

- Le jeu :
Le jeu est la découverte par l’enfant de la notion de plaisir d’agir, de faire, de découvrir le monde qui l’entoure, de se découvrir, d’expérimenter, de créer, d’apprendre, d’imaginer, de s’exprimer. C’est son activité naturelle.
En jouant, un enfant découvre le monde qui l’entoure, connaît le sentiment de plaisir, devient créatif. Ainsi, il se différencie de son entourage et devient acteur de sa propre vie. Un enfant présentant un polyhandicap ne peut expérimenter le jeu comme le ferait un enfant valide.
Les difficultés motrices limitent les expériences cognitives, sensorielles, affectives et sociales du jeune, et l’empêchent de découvrir le plaisir normalement ressenti dans le jeu.
La triangularité de la relation est la base même de la pratique de l’ergothérapie. Le jeu est le moyen privilégié pour l’ergothérapeute d’entrer en contact avec l’enfant. Il permet d’établir une relation de confiance avec le jeune.
Mon rôle d’ergothérapeute est de rendre le jeu plus accessible, de proposer l’accès par des manipulations adaptées en fonction des capacités observées chez le jeune.
Lorsque le jeune maîtrise mieux un geste grâce à une manipulation adaptée, il découvre qu’il peut réaliser/ réussir une activité seul ou en partie seul. Ce sentiment de réussite le valorise et lui permet de prendre plaisir à agir de nouveau sur ce qui l’entoure. Cela l’encourage à renouveler l’expérience et à améliorer ses résultats.
Le jeune présentant un polyhandicap utilise essentiellement ses capacités sensori motrices pour développer d’autres composantes (cognitive, affective, et sociale).

Je propose un atelier dit « atelier cause à effet » : l’accès au jeu spontané, même peu structuré, est pauvre, rendu difficile par les déficiences motrices, sensorielles et cognitives.
- Solliciter la relation cause effet : favoriser une action facilitée de l’enfant/adolescent sur son environnement, grâce à des interfaces adaptées : contacteurs, gros boutons poussoir,…Ce, pour déclencher le mouvement d’un jouet, le déclenchement d’une musique, d’une histoire,…
Les mises en situation de jeux facilités ont donc pour objectifs de stimuler, entraîner la relation cause effet simple…et expérimenter une action simple sur l’environnement proche. Ceci tout en, selon l’enfant, sollicitant les membres supérieurs (dominant, d’appoint ou négligé), en développant la sensori motricité, en favorisant l’exploration visuelle et la coordination oculo manuelle, et en offrant des expériences sensitives. 

L’autre atelier :
« manipulations et éveil sensori moteur ». Les objectifs sont de :
- Favoriser la fonctionnalité des mouvements et gestes et la coordination œil main.
- Proposer des activités à visée sensorielles, afin de solliciter les membres supérieurs, grâce aux manipulations facilitées des jeux d’assemblage et des scripteurs.
Il est bon de commencer, après un rituel d’arrivée, par une détente musculaire (petite mobilisation passive, voire inhibition de la spasticité, sollicitation de la respiration abdominale) afin de préparer au mieux le jeune à manipuler les diverses préhensions proposées, seul et/ou avec une guidance manuelle de ma part : mobilisation passive ou active aidée.

Lors de mes séances, je suis amenée à utiliser le PECS et certaines des 9 aptitudes à la communication pour certains enfants : participation à la mise en œuvre du projet personnalisé de l’enfant en généralisant l’utilisation de cet outil.

- De manière générale, le matériel (installation, jeux) est utilisé pour induire les mouvements corporels du jeune.
Les sollicitations des jeunes dans ma salle (1 à 3) se font en installation assise, dans le corset siège ou dans l’assise personnalisée, avec la tablette personnelle.
Tout est nommé, conté, chanté, demande du temps, de la répétition et un rythme adapté.
Les stimulations sensorielles et surtout tactiles sont multiples, variées.
Il est aussi important de ritualiser les débuts et fins de séance afin de donner des repères (temporels) aux jeunes.
Ceci dit, le contenu du déroulement d’une séance n’est pas trop planifié à l’avance, car les choix (matériels et propositions), se font en fonction de l’état d’esprit, du niveau d’éveil, de confort, de bien être du jeune et de la qualité de sa réceptivité du moment, des interactions qui peuvent apparaître entre deux participants !
Le rythme lent adopté permet une observation intéressante :
-se pencher sur les capacités de désignation, importantes dans la communication non verbale, sur les capacités gestuelles, les positions facilitatrices pour des préhensions plus fonctionnelles.
-stratégies visuelles : poursuite oculaire, fixation.

- Les installations adaptables voire personnalisées sont primordiales :
=>un module de 4 tables réglables en hauteur
, au plan aimanté et relevable, ou avec un bac permettant un bain manuel de textures ou un jeu d’eau a toute sa place pour faciliter l’éveil, tout en offrant soutien des avant bras, stimulation du redressement de la tête.
=>Une tablette, confectionnée ou choisie en fonction de l’enfant et de son assise offre à l’enfant/adolescent, un soutien sous les avant bras (antérieur et latéral), pour soulager les épaules, le rachis cervical, et permettre de solliciter l’exploration de façon isolée ou accompagnée par un adulte.
Un protocole des adaptations est affiché sur le groupe d’accueil du jeune, pour sensibiliser toute personne intervenant auprès du jeune ; la responsabilité de toute installation et de tout appareillage incombant à chacun. 
=> Les moulages et/ ou prises de mesures pour fournir une installation suffisamment confortable, fonctionnelle et orthopédique se font avec des orthoprothésistes qui se déplacent dans l’établissement, en fonction du choix des parents, et avec l’autorisation des parents, invités aux moulages, essayages, et livraisons. 
=> Enfin, une fiche récapitulative des prescriptions médicales concernant les installations est présente sur chaque groupe, comme repère pour les membres de l’équipe et le/la remplaçante le cas échéant.

- Les aides pour la prise au repas : mise en place de couverts, de verres, d’assiettes adaptés en fonction de nos observations d’équipe ou à l’issue d’un bilan de déglutition en centre spécialisé. Travail avec l’orthoprothésiste, en collaboration avec l’orthophoniste pour le choix et le réglage d’une têtière si besoin est, pour faciliter et/ou sécuriser la déglutition.

- Les aides aux déplacements :
=>la mise en fonction d’un déambulateur, d’un fauteuil roulant manuel,…permet de solliciter les capacités motrices, de favoriser l’autonomie (sociale aussi : aller à la rencontre d’un copain), d’offrir confort, et sécurité lors des transferts et des sorties extérieures hebdomadaires en bus.
=>Les essais puis les choix des fauteuils roulants manuels se font en fonction des manipulations des personnes aidant au quotidien : les parents et les équipes éducative et rééducative, qui participent donc tous à l’essai pendant plusieurs jours. Ces fameux « regards croisés » entre les parents et l’équipe de l’établissement ont donc toute leur importance pour peaufiner le cahier des charges établi.

- Les aménagements du domicile parental : après l’écoute des besoins de la famille, je procède à des recherches, afin de proposer à l’aide de plans si nécessaire, un aménagement. Si les parents sont d’accord, j’organise des essais au domicile, comparatifs si possible afin d’offrir un choix. Au terme des essais, et des réflexions qui en ont découlé, je constitue un argumentaire technique pour appuyer la démarche de demande de finances auprès de la MDPH, avec laquelle je suis en contact (l’assistante sociale et/ou l’ergothérapeute). L’ergothérapeute de l’établissement connaît mieux l’enfant, les besoins de celui-ci et ceux que la famille peut lui expliquer au cours de la mise en place du projet du jeune, que l’ergothérapeute de la MDPH. Aussi, les deux consoeurs (profession à majorité féminine) se complètent pour monter le dossier et avancer de façon plus sûre et plus rapide.

- Les propositions d’aménagements des lieux de vie de l’IME : gagner de l’espace pour les manipulations, les déplacements des enfants pour développer l’exploration de l’espace (en fauteuil, en déambulateur, en motilo) : avec une vision de fonctionnalité autant que possible, et une vision ergonomique pour faciliter au mieux la gestion des différents matériels utilisés au quotidien par les professionnels (lève personnes, verticalisateurs, tablettes, sièges auto, …). 

- La mise en place de la PRAP, avec un collègue kinésithérapeute : pour la Prévention des Risques liés à l’Activité Physique. Des sessions, organisées par la direction, ont vu le jour pour améliorer le confort de tous : usagers et professionnels. Ces volets de sensibilisation aux risques professionnels et à l’initiation d’une attitude plus ergonomique demande l’implication du personnel pour optimiser l’efficacité de cette sensibilisation (analyse de situations et recherches de solutions : organisation, espace, matériel).

- Ce que l’ergothérapeute n’est pas … !! : ni un homme ou une femme « à tout faire », ni un homme d’entretien, ni une technicienne « de surface » qui ne serait interpellé(e) que pour des questions matérielles, techniques, « pour faire un argumentaire » technique pour un dossier de financement MDPH sans un essai de matériel antérieur ou encore sans une étude préalable des besoins directement avec la famille. Car l’intervention de l’ergothérapeute se veut au service du jeune, dans sa singularité, et de celle de sa famille, dont ce professionnel écoute les demandes explicites. Toute mise en place de matériel, de technicité se fait donc en fonction d’une personne et du projet de celle-ci. C’est donc plus un état d’esprit qu’une technicité.


- Outre les centres de rééducation fonctionnelle (neurologie, traumatologie, rhumatologie, réadaptation cardiaque, …), les services de psychiatrie, de gérontopsychiatrie, les ergothérapeutes sont donc amenés à travailler au sein d’Institut Médico Educatif (IME), d’Institut d’Education Motrice (IEM), de Service de Soins à Domicile (SESSD ou SESSAD), de Centre d’Aide Médico Sociale Précoce (CAMSP), de Maison d’Accueil Spécialisées (MAS), de Foyer d’Accueil Médicalisé (FAM) d’Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT), d’Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD), en cabinet libéral,… 

Dans le beau département de l’Aude, le nombre de professionnels ergothérapeutes a considérablement augmenté en 5 ans seulement : nous étions 31 en 2006 et nous sommes 46 en 2011. 

Article rédigé par Madame Marine NAYRAC GUERRY
Ergothérapeute - IME de Carcassonne